L’Amour, un chemin de foi

Depuis maintenant une semaine, nous sommes entrés dans le temps du Carême.Ces quarante jours sont «un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire» (Benoit XVI, message pour le Carême 2012*).

La vie chrétienne est un cheminement à la suite et à la rencontre du Christ. Comme chrétien, c’est en disciple du Christ que nous avançons dans la vie, en essayant de conformer notre vie à celle de l’Evangile. Mais cette vie a un but: vivre la rencontre avec le Christ au soir de celle-ci.

Les quarante jours qui précèdent la grande fête de Pâques mettent en lumière de façon plus particulière ce cheminement. Sur un temps donné, nous vivons de façon plus intense ce que nous vivons tout au long d’une vie. Pendant ce temps du carême, ce cheminement est «marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale» (Benoit XVI).

Ce soir, avec notre opération «Bol de soupe», nous vivons une démarche personnelle et communautaire. Cette démarche est personnelle car notre participation relève d’un choix personnel. En même temps, nous la vivons en communauté. C’est bien en paroisse que nous vivons ce temps fort.

Alors, mettons-nous à l’écoute de la Parole de Dieu à travers le passage que Benoit XVI a choisi de développer dans son message pour le carême de cette année:

«Faisons attention les uns aux autres
pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes.» 
(Hébreux 10,24)

Ce verset est tiré d’un passage où l’auteur de la lettre aux Hébreux nous invite à faire confiance à Jésus-Christ. Ce dernier est le Grand Prêtre qui nous a obtenu le pardon et nous ouvre l’accès à Dieu. L’auteur nous présente également le fruit de notre accueil du Christ. Ce fruit est un vie selon les trois vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité. Cette vie consiste à nous approcher du Seigneur «avec un coeur sincère et dans la plénitude de la foi» (v.22), à garder indéfectible «la confession de l’espérance» (v.23) en faisant attention à exercer avec nos frères «la charité et les oeuvres bonnes» (v.24).

Pour cela cette vie évangélique s’appuie sur ma participation aux rencontres liturgiques et de prière de la communauté, en tenant compte du but de la vie: la pleine communion avec Dieu (v.25).

Avec le Saint Père, arrêtons-nous sur le verset 24 qui nous «offre un enseignement précieux et toujours actuel sur trois aspects de la vie chrétienne: l’attention à l’autre, la réciprocité et la sainteté personnelle.» (Benoit XVI)

1. «Faisons attention»

Les premiers mots du verset nous invite à «faire attention». La traduction littérale signifie «observer, être attentifs, regarder en étant conscient, se rendre compte d’une réalité». (Benoit XVI)

Cette même expression se retrouve dans l’Evangile. En Luc 12,24, Jésus nous invite à «observer» les oiseaux du ciel qui ne s’inquiètent pas pour leur avenir et qui font toute l’attention du Père des Cieux. En Luc 6,41, Jésus nous invite à nous «rendre compte» de la poutre qui se trouve dans notre oeil avant de regarder la paille qui est dans l’oeil de notre voisin. Un peu plus tôt dans la lettre aux Hébreux, l’auteur adresse à son lecteur l’invitation à «prêter attention à Jésus» (Hébreux 3,1)

«Faisons attention» à quoi? À qui? La suite de notre verset nous l’indique: à l’autre. Cet autre, d’après la lettre aux Hébreux, est d’abord le Christ lui-même, puis ce sont les autres.

2. «Les uns aux autres»

Faire attention les uns aux autres signifie «ne pas se montrer étrangers, indifférents au destin des frères». Aujourd’hui, cela n’est pas si évident. Sous une apparence du respect pour la sphère privée, nous risquons de laisser prédominer en nous l’indifférence et le désintérêt qui sont une marque de l’égoïsme.

Il est donc important d’entendre la voix du Seigneur qui nous appelle à prendre soin de l’autre, à être le gardien de nos frères. (Cf. Genèse 4,9). Il est important d’avoir une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Benoit XVI nous rappelle alors l’exigence du grand commandement de l’amour: «Le grand commandement de l’amour du prochain exige et sollicite d’être conscients d’avoir une responsabilité envers celui qui, comme moi, est une créature et un enfant de Dieu: le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur.» (Benoit XVI) Que se passe-t-il si nous cultivons ce regard de fraternité? La solidarité, la justice, la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre coeur.

Le pape va continuer son message en développant ce que comporte l’attention à l’autre. Celle-ci «comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects: physique, moral et spirituel» (Benoit XVI)

Le Saint Père définit alors le bien comme ceci: «Le bien est ce qui suscite, protège et promeut la vie, la fraternité et la communion.» J’ai donc une responsabilité envers mon prochain: vouloir et faire son bien en désirant qu’il s’ouvre lui aussi à cette logique du bien. «S’intéresser au frère, nous dit le pape, veut dire ouvrir les yeux sur ses nécessités.»

Qu’est-ce qui peut nous empêcher d’avoir ce regard humain et affectueux sur le frère? «Ce sont souvent la richesse matérielle et la satiété, mais c’est aussi le fait de faire passer avant tout nos intérêts et nos préoccupations personnels. Jamais, nous ne devons nous montrer incapables de «faire preuve de miséricorde» à l’égard de celui qui souffre; jamais notre cœur ne doit être pris par nos propres intérêts et par nos problèmes au point d’être sourds au cri du pauvre. À l’inverse, c’est l’humilité de cœur et l’expérience personnelle de la souffrance qui peuvent se révéler source d’un éveil intérieur à la compassion et à l’empathie: «Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître» (Pr 29, 7). Nous comprenons ainsi la béatitude de «ceux qui sont affligés» (Mt 5, 4), c’est-à-dire de ceux qui sont en mesure de sortir d’eux-mêmes pour se laisser apitoyer par la souffrance des autres. Rencontrer l’autre et ouvrir son cœur à ce dont il a besoin sont une occasion de salut et de béatitude.» (Benoit XVI)

Cette attention au frère est aussi vraie en ce qui concerne le bien spirituel. Aujourd’hui, nous sommes très sensible aux soins et à la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres et nous oublions de parler de notre responsabilité spirituelle envers le frère. Dans l’Eglise des premiers temps, tout comme dans les communautés mûres dans leur foi, on se soucie de la santé corporelle de l’autre mais aussi de sa santé spirituelle, de la santé de son âme en vue de sa rencontre avec le Seigneur au soir de sa vie. Ecoutons ce proverbe, du livre biblique du même nom: «Reprends le sage, il t’aimera. Donne au sage: il deviendra plus sage encore; instruit le juste, il accroitra son acquis» (Proverbes 9,8s). Nous pouvons aussi entendre le Christ qui nous commande de reprendre le frère qui commet un péché. (cf. Matthieu 18,15) Ceci s’appelle la correction fraternelle! Quels sont les parents qui ne reprennent pas leurs enfants quand ceux-ci commettent le mal? Il en va de même de l’Eglise devant ces enfants qui s’égarent dans le péché. «Il ne faut pas se taire face au mal» nous dit le pape. Cependant, il ajoute qu’il faut nous souvenir que «le reproche chrétien n’est jamais fait dans un esprit de condamnation ou de récrimination. Il est toujours animé par l’amour et par la miséricorde et il nait de la véritable sollicitude pour le bien du frère.» (Benoit XVI) Ecoutons saint Paul qui nous encourage en ce sens: «Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté.» (Galates 6,1)

Benoit XVI vient aussi nous réveiller sur un point important de notre comportement actuel. Souvent par respect humain ou par simple commodité, nous préférons nous adapter à la mentalité commune au lieu de mettre en garde sur des façons de penser ou d’agir qui sont contraire à la vérité et qui ne suivent pas le chemin du bien.

Le pape nous invite donc à redécouvrir l’importance de la correction fraternelle «pour marcher ensemble vers la sainteté». Et il continue en nous disant: «même «le juste tombe sept fois» (Proverbes 24, 16) dit l’Écriture, et nous sommes tous faibles et imparfaits (cf.1 Jean 1, 8). Il est donc très utile d’aider et de se laisser aider à jeter un regard vrai sur soi-même pour améliorer sa propre vie et marcher avec plus de rectitude sur la voie du Seigneur. Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne (cf. Luc 22, 61), comme Dieu l’a fait et le fait avec chacun de nous.»

Cette attention mutuelle, réciproque doit être vécue en vue d’un but: la vie en Dieu, la vie avec Dieu au soir de notre vie terrestre. Dans la suite de son message, le pape donne quelques indications sur la vie de la communauté chrétienne.

Comment doit vivre notre communauté chrétienne? Tout d’abord, comme nous y invite saint Paul en cherchant ce qui «favorise la paix et l’édification personnelle» (Romains 14,19), en plaisant «à son prochain pour le bien, en vue d’édifier» (Romains 15,2), ne recherchant pas son propre intérêt, «mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés» (1 Corinthiens 10,33). «Cette correction réciproque et cette exhortation, dans un esprit d’humilité et de charité, doivent faire partie de la vie de la communauté chrétienne.» (Benoit XVI)

La notion de communauté chrétienne a donc quelque chose de fort: il s’agit tout simplement vivre en communion. Unis au Christ par l’Eucharistie nous sommes liés les uns aux autres comme membre d’un seul corps. «Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut.» (Benoit XVI) Ceci est un élément fort de la communion: «notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. Dans l’Église, corps mystique du Christ, cette réciprocité se vérifie : la communauté ne cesse de faire pénitence et d’invoquer le pardon des péchés de ses enfants, mais elle se réjouit aussi constamment et exulte pour les témoignages de vertu et de charité qui adviennent en son sein.» (Benoit XVI) Ainsi, comme l’affirme saint Paul nous devons nous témoigner une mutuelle sollicitude. (cf. 1 Corinthiens 12,25)

3. «Pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes»

Cette attention que nous devons avoir les uns pour les autres est un stimulant dans notre cheminement de vie spirituelle. C’est un appel à marcher ensemble dans la sainteté. Tous nous avons reçu des richesses spirituelles ou matérielles qui sont utiles à l’accomplissement du plan de Dieu. L’attention les uns aux autres et la charité sont un moteur, un dynamisme pour nous aider à parvenir à la plénitude de l’amour et des oeuvres bonnes.

Comme nous l’a enseigné le bienheureux Jean-Paul II, il nous faut tendre au plus «haut degré de la vie chrétienne». Pour cela n’hésitons pas à nous appuyer et nourrir notre vie du témoignage des saints. Cela n’est pas réservé à d’autres… Moi aussi, j’y suis appelé! Dans un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d’amour et de fidélité au Seigneur, il est urgent «de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les oeuvres bonnes.»

Pour terminer et avant d’entendre concrètement quels sont les besoins localement des plus pauvres, faisons notre cette prière de Philippe WARNIER:

O Seigneur, tu m’as choisi pour te servir et servir mes frères.
Tu m’aimes, Seigneur, j’ai du prix à tes yeux.
Mon nom est inscrit sur la paume de ta main.
Tu m’as saisi, ô Christ, et tu m’as dit «  Suis-moi  »,
Tu m’as fait connaître la tendresse du Père.
tu m’as révélé les dons de ton Esprit
et ton Esprit m’a fait discerner le don que tu voulais pour moi.
Seigneur je t’aime.
Je te donne ma vie et je veux te suivre dans ton attention délicate à chacun,
Dans le service des frères et dans leur guérison,
Dans la lutte contre le mal et l’injustice des puissants,
Dans la souffrance de la Croix, et la joie de la Résurrection.
Seigneur Jésus, envoie-moi ton Esprit,
Qu’il inspire le don du service désintéressé et l’attitude du serviteur inutile.
Qu’il me donne de conformer toute ma vie à la tienne,
O toi le Christ serviteur, qui a lavé les pieds de tes disciples.
Fais-moi, Seigneur, la grâce de faire de ce don un charisme au service de ton Église,
Et au service de tous les hommes, et surtout les plus pauvres,
Afin que par ma vie et par ma bouche, ils accueillent l’Évangile de ton amour. Amen.

Enseignement donné lors de la soirée "Bol de soupe" de la paroisse Saint Gilles d’Authie-Maye

*toutes les citations de Benoit XVI sont tirées de son message pour le Carême 2012

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